Écologie

Milieux, mesure, sobriété.

Je suis souvent allé à l'île Maurice pendant mon enfance — d'où vient une partie de ma famille, et ma nationalité mauricienne. C'est là que s'est construit mon attachement à l'océan. Mais ces allers-retours répétés, année après année, m'ont aussi rendu témoin de la dégradation progressive de ces écosystèmes marins : un tourisme mal maîtrisé, jusqu'à la privatisation de plages entières par des complexes hôteliers qui en interdisent l'accès aux habitants.

Ma mère me portant face à l'océan Indien, sur une plage de l'île Maurice, alors que je n'avais pas encore un an.
Face à l'océan Indien, à moins d'un an.
Ma mère et moi, enfant, jouant dans l'eau peu profonde d'une plage de l'île Maurice.
Dans l'eau avec ma mère, île Maurice.

La marée noire du Wakashio a été un choc supplémentaire. Le 25 juillet 2020, ce vraquier japonais s'échoue sur le récif de Pointe d'Esny, dans le sud-est de l'île, à proximité immédiate du parc marin de Blue Bay, de la réserve naturelle de l'Île aux Aigrettes et des zones de pêche de Mahébourg. Début août, des fissures dans la coque libèrent environ 1 000 tonnes de fioul, contaminant une zone de plusieurs dizaines de kilomètres carrés — au point que le gouvernement mauricien déclare l'état d'urgence environnementale le 7 août. Des années plus tard, des traces de fioul sont encore retrouvées dans les sédiments des mangroves environnantes. La fragilité de ces milieux marins, que je pensais pourtant bien connaître, s'est révélée d'un coup à une tout autre échelle. Cette catastrophe a aussi révélé autre chose : face à l'inaction des autorités, des milliers de Mauriciens se sont mobilisés spontanément pour fabriquer, avec leurs propres cheveux, des feuilles de canne à sucre et de la paille, des barrages flottants artisanaux — un geste collectif qui m'a autant marqué que le désastre lui-même.

Ce que je retiens de ces deux expériences, le tourisme qui grignote peu à peu l'accès au littoral et cette marée noire, c'est qu'à force de ne penser qu'à notre confort immédiat, on oublie que notre premier confort, c'est justement d'avoir une planète qui nous permette d'y vivre. C'est cette conviction qui motive ce domaine du site — encore en construction.

Sources

Faits sur la marée noire du Wakashio recoupés entre médias mauriciens/régionaux et internationaux : Linfo.re, France Info Réunion, Reporterre, Greenpeace International et Mongabay.